Selected poems, p.23
Selected Poems,
p.23
Nor the church where clock hands divide and collapse.
It isn’t for the meadows; and it’s not for the stars;
It isn’t for the birds – eagles, doves, no matter whom –
And it isn’t for their nests: I give it to the tomb.
II
Autrefois, quand septembre en larmes revenait,
Je partais, je quittais tout ce qui me connaît,
Je m’évadais; Paris s’effaçait; rien, personne!
J’allais, je n’étais plus qu’une ombre qui frissonne,
Je fuyais, seul, sans voirs, sans penser, sans parler,
Sachant bien que j’irais où je devais aller;
Hélas! je n’aurais pu même dire: Je souffre!
Et, comme subissant l’attraction d’un gouffre,
Que le chemin fût beau, pluvieux, froid, mauvais,
J’ignorais, je marchais devant moi, j’arrivais.
O souvenirs! ô forme horrible des collines!
Et, pendant que la mère et la sœur, orphelines,
Pleuraient dans la maison, je cherchais le lieu noir
Avec l’avidité morne du désespoir;
Puis j’allais au champ triste à côté de l’église;
Tête nue, à pas lents, les cheveux dans la bise,
L’œil aux cieux, j’approchais; l’accablement soutient;
Les arbres murmuraient: C’est le père qui vient!
Les ronces écartaient leurs branches desséchées;
Je marchais à travers les humbles croix penchées,
Disant je ne sais quels doux et funèbres mots;
Et je m’agenouillais au milieu des rameaux
Sur la pierre qu’on voit blanche dans la verdure.
Pourquoi donc dormais-tu d’une façon si dure
Que tu n’entendais pas lorsque je t’appelais?
Et les pêcheurs passaient en traînant leur filets,
Et disaient: Qu’est-ce donc que cet homme qui songe?
Et le jour, et le soir, et l’ombre qui s’allonge,
Et Vénus, qui pour moi jadis étincela,
Tout avait disparu que j’étais encor là.
J’étais là, suppliant celui qui nous exauce;
J’adorais, je laissais tomber sur cette fosse,
Hélas! où j’avais vu s’évanouir mes cieux,
Tout mon cœur goutte à goutte en pleurs silencieux;
J’effeuillais de la sauge et de la clématite;
Je me la rappelais quand elle était petite,
Quand elle m’apportait des lys et des jasmins,
Ou quand elle prenait ma prume dans ses mains,
Gaie, et riant d’avoir de l’encre à ses doigts roses;
Je respirais les fleurs sur cette cendre écloses,
Je fixais mon regard sur ces froids gazons verts,
Et par moments, ô Dieu, je voyais, à travers
La pierre du tombeau, comme une fleur d’âme!
Oui, jadis, quand cette heure en deuil qui me réclame
Tintait dans le ciel triste et dans mon cœur saignant,
Rien ne me retenait, et j’allais; maintenant,
Hélas…! – O fleuve! ô bois! vallons dont je fus l’hôte,
Elle sait, n’est-ce pas? que ce n’est pas ma faute
Si, depuis ces quatres ans, pauvre cœur sans flambeau,
Je ne suis pas allé prier sur son tombeau!
II
Before, when September would return with its tears.
I’d set out, leaving everything behind that knew me.
I’d escape; Paris faded; there was nothing and no one.
I would go. No more than a quivering shadow,
I fled, without seeing, thinking, speaking, alone,
Knowing I was travelling to where I had to go.
I couldn’t even say ‘I am suffering from this!’
As if attracted to the depths of an abyss,
I didn’t even know if it was rainy or clear,
Or cold. I walked before myself. Soon I drew near.
Oh memories! Sinister contours of the hills!
And while her mother and her sister were at prayer
Or crying at home, I would look for that place
With all the gloomy eagerness that comes from despair.
I would go to that field that was nearby the church,
Hat in hand, with slow steps, hair blowing in the breeze.
I’d approach looking up, grief-supported. The trees
Would murmur around me: ‘It’s her father!’ The mosses
Looked up; and the brambles parted their branches.
I walked among the humble and the bent-over crosses
Repeating I don’t know what sweet or mournful words.
And I would kneel down amid branches without birds
On stones shining white among the dark greenery.
Why are you sleeping such a deep and endless sleep
That you don’t seem to hear me when I call your name?
The fishermen would drag their nets past, whispering:
‘Who or what is that dreamy man?’ And everything –
The day, the evening, lengthening shadows, the sea,
And Venus, who always used to sparkle for me –
Would vanish the moment when I arrived there.
I was there, imploring the one who hears our prayers;
And worshipping, allowing my entire heart
To fall, drop by drop, in silent, salty tears
On the grave where I saw my heaven disappear!
I stripped bits of leaves off the clematis and sage,
I remembered when she, at a much younger age,
Would bring bouquets of lilies and jasmines to me,
When she’d take my pen in her little hands with glee,
And laugh at the ink that would spill on her nails.
I breathed in the flowers that grew out of that moss,
I fixed my regard on those cold, verdant lawns,
And at times, oh my God, I would see there, across
The tombstone, a light, like the soul’s, flashing by!
Yes before, when this grief-filled hour and this day
Would call me, tolling in my heart and the sky,
Nothing held me back; I would go; but today,
Alas! – oh river, forests, valleys where I’d halt –
She knows, doesn’t she? that it hasn’t been my fault
If, these four years that have passed away so soon,
I haven’t gone and prayed at the foot of her tomb!
III
Ainsi, ce noir chemin que je faisais, ce marbre
Que je contemplais, pâle, adossé contre un arbre,
Ce tombeau sur lequel mes pieds pouvaient marcher,
La nuit, que je voyais lentement approcher,
Ces ifs, ce crépuscule avec ce cimetière,
Ces sanglots, qui du moins tombaient sur cette pierre,
O mon Dieu, tout cela, c’était donc du bonheur!
Dis, qu’as-tu fait pendant tout ce temps-là? – Seigneur,
Qu’a-t-elle fait? – Vois-tu la vie en vos demeures?
À quelle horloge d’ombre as-tu compté les heures?
As-tu sans bruit parfois poussé l’autre endormi?
Et t’es-tu, m’attendant, réveillée à demi?
T’es-tu, pâle, accoudée à l’obscure fenêtre
De l’infini, cherchant dans l’ombre à reconnaître
Un passant, à travers le noir cercueil mal joint,
Attentive, écoutant si tu n’entendais point
Quelqu’un marcher vers toi dans l’éternité sombre?
Et t’es-tu recouchée ainsi qu’un mât qui sombre,
En disant: Qu’est-ce donc? mon père ne vient pas!
Avez-vous tous les deux parlé de moi tout bas?
Que de fois j’ai choisi, tout mouillés de rosée,
Des lys dans mon jardin, des lys dans ma pensée!
Que de fois j’ai cueilli de l’aubépine en fleur!
Que de fois j’ai, là-bas, cherché la tour d’Harfleur,
Murmurant: C’est demain que je pars! et, stupide,
Je calculais le vent et la voile rapide,
Puis ma main s’ouvrait triste, et je disais: Tout fuit!
Et le bouquet tombait, sinistre, dans la nuit!
Oh! que de fois, sentant qu’elle devait m’attendre,
J’ai pris ce que j’avais dans le cœur de plus tendre
Pour en charger quelqu’un qui passerait par là!
Lazare ouvrit les yeux quand Jésus l’appela;
Quand je lui parle, hélas! pourquoi les ferme-t-elle?
Où serait donc le mal quand de l’ombre mortelle
L’amour violerait deux fois le noir secret,
Et quand, ce qu’un dieu fit, un père le ferait?
III
And so that sombre road I would take, and that stone
I would go and contemplate, leaning on a tree,
That marble on top of which I could walk alone,
The evening I would watch as it drew nearer me,
Those yews, those shadows in the graveyard at day’s end,
That tombstone my tears could at least trickle toward,
All of that, oh my God, that was happiness then?
What have you been doing all this time? Tell me. – Lord,
What has she been doing? – In your life do you see ours?
With what shadow-clock have you been counting the hours?
Have you nudged that soul sleeping near you now and then?
Have you, waiting up for me, half opened your eyes?
Have you propped your elbows up again and again
At infinity’s pane, and tried to recognize
Someone who was passing by your ill-jointed coffin?
Have you been looking out and listening often
For souls walking near in that dark eternity?
Have you, like a foundering ship, sunk back again
And asked: ‘What has happened? Will he ever come then?’
Have both of you been talking down there about me?
How often I have picked the lilies I could find
In my garden – the dew-drenched lilies of my mind!
How often I’ve collected hawthorn blooms for her!
How often I’ve looked for the tower of Harfleur
Murmuring, ‘Tomorrow I will set out to sea!’
I’d calculate the wind and the ship’s velocity –
Then my hand would open and I’d say, ‘Nothing lasts!’
And the bouquet fell, sinister, out of my grasp.
How often, feeling she was waiting in despair,
I’d gather up my tenderest feelings to ask
Someone who was going that way to take them there!
When Jesus called Lazarus he opened his eyes.
When I call her, alas! why does she keep hers closed?
What harm would there be if love were to break through
The dark enigma of life a second time,
If, what a god has done, a father were to do?
IV
Que ce livre, du moins, obscur message, arrive,
Murmure, à ce silence, et, flot, à cette rive!
Qu’il y tombe, sanglot, soupir, larme d’amour!
Qu’il entre en ce sépulcre où sont entrés un jour
Le baiser, la jeunesse, et l’aube, et la rosée,
Et le rire adoré de la fraîche épousée,
Et la joie, et mon cœur, qui n’est pas ressorti!
Qu’il soit le cri d’espoir qui n’a jamai menti,
Le chant de deuil, la voix du pâle adieu qui pleure,
Le rêve dont on sent l’aile qui nous effleure!
Qu’elle dise: Quelqu’un est là; j’entends du bruit!
Qu’il soit comme le pas de mon âme en sa nuit!
Ce livre, légion tournoyante et sans nombre
D’oiseaux blancs dans l’aurore et d’oiseaux noirs dans l’ombre,
Ce vol de souvenirs fuyants à l’horizon,
Cet essaim que je lâche au seuil de ma prison,
Je vous le confie, air, souffles, nuée, espace!
Que ce fauve océan qui me parle à voix basse,
Lui soit clément, l’épargne et le laisse passer!
Et que le vent ait soin de n’en rien disperser,
Et jusqu’au froid caveau fidèlement apporte
Ce don mystérieux de l’absent à la morte!
O Dieu! puisqu’en effet, dans ces sombres feuillets,
Dans ces strophes qu’au fond de vos cieux je cueillais,
Dans ces chants murmurés comme un épithalame
Pendant que vour tourniez les pages de mon âme,
Puisque j’ai, dans ce livre, enregistré mes jours,
Mes maux, mes deuils, mes cris dans les problèmes sourds,
Mes amours, mes travaux, ma vie heure par heure;
Puisque vous ne voulez pas encor que je meure,
Et qu’il faut bien pourtant que j’aille lui parler;
Puisque je sens le vent de l’infini souffler
Sur ce livre qu’emplit l’orage et le mystère;
Puisque j’ai versé là toutes vos ombres, terre,
Humanité, douleur, dont je suis le passant;
Puisque de mon esprit, de mon cœur, de mon sang,
J’ai fait l’âcre parfum de ces versets funèbres,
Va-t-en, livre, à travers les ténèbres!
Fuis vers la brume où tout à pas lents est conduit!
Oui, qu’il vole à la fosse, à la tombe, à la nuit,
Comme une feuille d’arbre ou comme une âme d’homme!
Qu’il roule au gouffre où va tout ce que la voix nomme!
Qu’il tombe au plus profond du sépulcre hagard,
À côté d’elle, ô mort! et que là, le regard,
Près de l’ange qui dort, lumineux et sublime,
Le voie épanoui, sombre fleur de l’abîme!
IV
May this book at least arrive where I used to go before –
A murmur in that silence, a wave upon that shore!
May it fall there – with its sobs, and its sighs and loving tears –
May it enter the tomb where that day long ago
Youth and kisses entered, and the dew, and dawn’s glow,
And the laughter of the new bride adored by her friends,
And joy, and her father’s heart that hasn’t left it since!
May it be the clarion of hope that doesn’t lie,
The song of grief, the voice of a tearful good-bye,
The dream whose fearful wing one senses slice the air!
May she say: ‘Wait, I hear a noise! Someone’s there!’
And may it be the steps of my soul in her night!
This book, this wheeling and gigantic flight
Of white birds in the morning and of black birds at night,
This flock of memories at the edge of my vision,
This swarm I release at the door of my prison –
I entrust it – air, breaths, clouds and space – all to you!
And may the savage ocean whose voice always grumbles,
Be merciful to it and allow it to pass through!
May the wind take care not to scatter things at least,
And faithfully carry this mysterious gift
Sent from the absent person to the deceased!
My God! Because, among these leaflets bound as one,
In these strophes gathered in the depths of your sky,
In these lines sung like an epithalamion
While you turned the pages of my soul with a sigh;
Because, in this book, I have recorded my days,
My loves and my projects, every hour gone by,
My ills, my sorrows, fruitless questions we all raise;
Because, up to now, you have not wished me to die
And yet I nevertheless need to speak with her;
Because I feel the breath of infinity stir
Over this volume of storms and mystery;
Because I have poured all of your humanity –
Earth, pain, and shadows – I have witnessed into it;
Because I’ve distilled the bitter perfume of these lines
With all of my heart and my blood and my mind –
Oh book, traverse the darkness and find the infinite!
Fly toward the smoke where things are lead by slow steps!
May this book fly away to the night’s lowest depths
Like the leaf of a tree – or the soul of a man!
May it roll where whatever is named spends its days!
May it fall to the bottom of the grave itself and land
Next to her, oh Death! and down there, may the Gaze,
Beside the sleeping angel, sublime and luminous,
Look at her astonished, sombre bloom in that abyss!
V
O doux commencements d’azur qui me trompiez,
O bonheurs! je vous ai durement expiés;
J’ai le droit aujourd’hui d’être, quand la nuit tombe,
Un de ceux qui se font écouter de la tombe,
Et qui font, en parlant aux morts blêmes et seuls,
Remuer lentement les plis noirs des linceuls,
Et dont la parole, âpre ou tendre, émeut les pierres,
Les grains dans les sillons, les ombres dans les bières,
La vague et la nuée, et devient une voix
De la nature, ainsi que la rumeur des bois.
Car voilà, n’est-ce pas, tombeaux? bien des années
Que je marche au milieu des croix infortunées,
Échevelé parmi les ifs et les cyprès,
L’âme au bord de la nuit, et m’approchant tout près;
Et que je vais, courbé sur le cercueil austère,
Questionnant le plomb, les clous, le ver de terre
Qui pour moi sort des yeux de la tête de mort,
Le squelette qui rit, le squelette qui mord,
Les mains aux doigts noueux, les crânes, les poussières,
Et les os des genoux qui savent des prières!
Hélas! j’ai fouillé tout. J’ai voulu voir le fond.
Pourquoi le mal en nous avec le bien se fond,
J’ai voulu savoir. J’ai dit: Que faut-il croire?
J’ai creusé la lumière, et l’aurore, et la gloire,
L’enfant joyeux, la vierge et sa chaste frayeur,
Et l’amour, et la vie, et l’âme – fossoyeur.












