Le clan de lours des cav.., p.21
Le clan de l'ours des cavernes,
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— Je pourrais l’emmener avec moi de temps en temps ? demanda-t-elle à Iza. On n’ira pas loin, et je commencerai à lui montrer certaines choses.
— Elle est encore trop petite pour comprendre. Elle sait à peine parler, dit Iza.
Mais devant le plaisir qu’avaient les deux enfants à se retrouver elle lui donna la permission.
— Comme je suis contente ! s’écria Ayla en embrassant Iza.
Mais qu’a-t-elle donc ? se demanda Iza. Il y a longtemps que je ne l’ai pas vue aussi joyeuse. Il se passe des choses bien étranges aujourd’hui. Les hommes sont rentrés de bonne heure et, contrairement à leur habitude, au lieu de rester ensemble à bavarder, ils ont directement regagné leurs foyers, sans prêter attention aux femmes. Aucune d’ailleurs n’a été réprimandée et Broud lui-même s’est montré presque aimable à mon égard. Et voilà qu’Ayla se met à embrasser tout le monde après avoir passé la journée dehors !
10
— Oui ? Que veux-tu ? demanda Zoug, l’air agacé.
Il faisait particulièrement chaud en ce début d’été. Zoug avait soif et souffrait de la chaleur, suant sang et eau à tanner en plein soleil une grande peau de daim. Il n’était pas d’humeur à se laisser interrompre dans sa tâche, et tout spécialement par cette horrible petite fille au visage aplati qui venait de s’asseoir à côté de lui, la tête baissée, attendant qu’il l’autorise à parler.
— Zoug désirerait-il un peu d’eau ? lui demanda par gestes Ayla, après qu’il lui eut tapé sur l’épaule. L’enfant qui est devant toi est allée à la rivière et elle a vu le chasseur travailler en plein soleil. L’enfant qui est devant toi a pensé que le chasseur avait soif, elle ne voulait pas le déranger, dit-elle avec les formules indispensables pour s’adresser à un homme.
Elle lui tendit une coupe en écorce de bouleau et souleva une outre ruisselante d’eau fraîche, confectionnée dans une panse de bouquetin. Zoug poussa un grognement affirmatif, dissimulant sa surprise devant ce témoignage d’attention, tandis que la fillette remplissait la coupe. Zoug n’avait pas réussi à attirer l’attention d’une femme pour lui demander de l’eau, et il ne pouvait suspendre sa tâche. La peau était presque sèche, et il devait continuer de la travailler s’il voulait qu’elle reste souple. Il suivit des yeux la petite fille qui posait l’outre à quelques pas dans un coin ombragé, où elle s’installa pour entreprendre le tressage d’un panier à l’aide de joncs et de racines ligneuses trempées dans l’eau.
Si Uka se montrait toujours respectueuse, répondant sans broncher à ses moindres désirs depuis qu’il vivait au foyer de son fils, elle anticipait rarement ses besoins comme le faisait sa compagne avant sa mort. Uka était nettement plus attentive aux désirs de Grod, son compagnon. Zoug regardait de temps à autre la fillette assise près de lui, toute au tressage de son panier, sans s’apercevoir qu’à son tour elle l’observait travailler du coin de l’œil, sans rien perdre de la façon dont il étirait, tendait et grattait la peau humide.
Plus tard, dans la journée, le vieil homme s’assit devant la caverne, les yeux perdus dans le lointain. Tous les chasseurs étaient partis. Uka les avait accompagnés ainsi que deux autres femmes, et Zoug avait été obligé de déjeuner au foyer de Goov et d’Ovra. A voir cette jeune femme, encore enfant dans les bras d’Uka il y avait si peu de temps, aujourd’hui adulte et unie à un homme, Zoug se surprit à songer avec nostalgie à toutes les belles années où il avait encore la force de chasser avec les hommes. Il avait quitté leur foyer dès la fin du repas. Peu après, Ayla s’était présentée, un petit panier d’osier à la main.
— L’enfant qui est devant toi a cueilli plus de framboises que nous ne pouvons en manger, dit-elle après que Zoug l’eut autorisée à parler. Le chasseur a-t-il encore assez faim pour y goûter ?
Zoug accepta le présent avec un plaisir non dissimulé. Et la petite fille attendit à une distance respectueuse qu’il eût fini les fruits juteux et sucrés. Zoug lui rapporta le panier et la regarda s’éloigner rapidement, sans comprendre en quoi Broud la trouvait insolente. Il ne voyait rien à lui reprocher, en dehors de son inqualifiable laideur.
Le lendemain, Ayla lui apporta de nouveau à boire et reprit à ses côtés le tressage de son panier. Quelques instants plus tard, tandis que Zoug finissait à peine de graisser la peau de daim souple, Mog-ur s’approcha de lui en clopinant.
— C’est un travail pénible de traiter les peaux en plein soleil, remarqua-t-il.
— Je fais de nouvelles frondes pour les hommes, et j’en ai promis une aussi à Vorn. Le cuir des frondes doit être extrêmement souple ; je suis obligé de le travailler sans cesse pendant qu’il sèche et absorbe la graisse. Il vaut donc mieux effectuer ce travail au soleil.
— Les chasseurs seront enchantés, affirma Mog-ur. Tu es irremplaçable pour fabriquer les frondes. Je t’ai vu en enseigner le maniement à Vorn. Il a de la chance de t’avoir comme professeur ! L’art de manier la fronde doit être aussi délicat que celui de les fabriquer.
— Je les découperai demain, répondit Zoug, flatté par tant de compliments. Je connais la taille de celles des hommes, mais je vais être obligé d’adapter celle de Vorn. Une fronde doit respecter certaines proportions pour gagner en force et en précision.
— Iza et Ayla sont en train de préparer le lagopède que tu m’as apporté l’autre jour. Voudrais-tu partager notre repas ce soir ? C’est Ayla qui l’a proposé et je serais ravi que tu te joignes à nous. Un homme a parfois le désir de discuter avec un autre homme ; or, je suis entouré de femmes.
— Zoug dînera avec Mog-ur, répondit le vieil homme, manifestement satisfait de l’invitation.
Si les festins étaient relativement fréquents ainsi que les réunions entre familles, Mog-ur invitait rarement à partager son repas. Encore peu habitué à posséder son propre foyer, il se contentait fort bien de la compagnie de ses trois femmes. Mais il connaissait Zoug depuis la prime enfance et l’avait toujours aimé et respecté. La joie qui éclaira le visage du vieil homme lui fit regretter de ne pas y avoir songé plus tôt.
Iza n’avait pas l’habitude de telles réceptions. Elle se dépensa sans compter pour préparer le repas. Sa connaissance de la flore s’étendant aussi bien aux plantes aromatiques, elle savait comment exalter le fumet d’un plat. Le dîner fut particulièrement savoureux. Ayla s’appliqua à se montrer d’une discrétion exemplaire, et Mog-ur se sentit flatté par tant de perfection. A la fin du repas, Ayla servit une infusion de menthe et de camomille, dont Iza savait qu’elle facilitait la digestion. Puis les deux hommes se mirent à évoquer le temps passé, tandis que les femmes se tenaient prêtes à satisfaire leurs moindres désirs. Zoug se sentit vaguement jaloux du bonheur du vieux sorcier, pour qui la vie n’aurait pu être plus douce.
Le lendemain, Ayla observa soigneusement Zoug en train de mesurer la fronde de Vorn, et prêta une grande attention aux explications du vieil homme sur la façon dont les deux extrémités devaient être taillées en pointe, ni trop courtes ni trop longues. Puis elle le regarda façonner le petit creux destiné à recevoir le caillou au centre de la fronde, à l’aide d’un galet bien rond et mouillé de manière à déformer et distendre légèrement le cuir à cet endroit. Au moment où Zoug rangeait les restes de cuir inutilisés, Ayla lui apporta à boire.
— Zoug a-t-il encore besoin de ces petits morceaux ? Ils ont l’air tellement souples, indiqua Ayla par gestes.
— Je n’en ai pas l’usage. Cela te ferait plaisir de les prendre ? proposa Zoug, qui se sentait rempli de bienveillance à l’égard de cette petite fille serviable et admirative.
— L’enfant qui est devant toi t’en serait reconnaissante. Certaines chutes sont encore assez grandes pour être utilisées, répondit Ayla, la tête baissée.
Le lendemain, Zoug regretta l’absence d’Ayla travaillant à ses côtés et lui apportant à boire ; mais il avait terminé son ouvrage ; toutes les frondes étaient enfin prêtes. Il la vit se diriger vers les bois, son panier de cueillette sanglé sur le dos, le bâton à fouir à la main. Elle va chercher des plantes pour Iza, pensa-t-il. Je ne comprends pas Broud. Zoug n’avait guère de sympathie pour le garçon ; il n’avait pas oublié le geste violent qu’il avait eu envers lui. Pourquoi est-il toujours à la réprimander ? Elle est travailleuse, respectueuse ; Mog-ur peut en être fier. Il a de la chance d’avoir Iza et cette fillette à son foyer. Zoug se souvenait de l’agréable soirée qu’il avait passée en compagnie du grand sorcier et, bien qu’il n’en fît point mention, il se rappelait que c’était Ayla qui avait suggéré au mog-ur cette invitation. Il la regarda s’éloigner sur ses grandes jambes. Dommage qu’elle soit si laide, déplora-t-il une fois de plus, elle pourrait rendre un homme heureux un jour.
Après s’être confectionné une fronde neuve avec les morceaux de cuir que Zoug lui avait donnés, la vieille fronde ayant fini par se déchirer, Ayla décida de se trouver un lieu d’entraînement plus éloigné encore de la caverne, bien à l’abri de toute surprise. Elle commença par remonter le cours d’eau, puis grimpa la colline en suivant l’un de ses affluents, se frayant un passage à travers les broussailles.
Elle parvint bientôt à une falaise abrupte du haut de laquelle chutait en une fine pluie le ruisseau. Cherchant un passage pour aller plus haut, elle longea la falaise et vit que celle-ci prenait une inclinaison qui rendait possible son escalade. Elle en vint facilement à bout et déboucha sur un plateau traversé par le ruisseau. Elle poursuivit son chemin vers l’amont.
Les pins et les sapins aux troncs recouverts de lichen vert-de-gris dominaient le site dans lequel elle pénétrait. Les écureuils sautaient d’arbre en arbre ou traversaient le tapis de mousse qui s’étalait indifféremment sur la terre, les pierres et les souches. Les arbres s’éclaircirent peu à peu, et elle parvint à un petit pré enserré entre les parois gris-brun de la montagne. Le ruisseau qui serpentait le long d’un des côtés de la prairie prenait sa source au pied d’un rocher, près duquel poussait un gros bouquet de noisetiers. La chaîne de montagnes était criblée de fissures et de failles. Elles recevaient les eaux de la fonte des neiges qui resurgissaient plus bas en sources fraîches et cristallines.
Ayla alla se désaltérer longuement à la source glacée, puis s’arrêta un instant pour examiner quelques grappes de noisettes enchâssées dans leurs coques de velours vert. Elle en prit une, la cassa entre ses dents, pour extraire le petit fruit à la chair blanche et tendre. Elle les préférait vertes plutôt que mûres. Sa gourmandise réveillée, elle allait en entreprendre la cueillette quand soudain, derrière l’épais feuillage, elle aperçut un trou noir. Elle repoussa les branches et découvrit une petite grotte dissimulée par les noisetiers. Elle se faufila à travers les troncs enchevêtrés des arbres, puis après avoir jeté prudemment un coup d’œil à l’intérieur, pénétra dans l’abri, laissant les branches se rabattre derrière elle. Le soleil éclairait faiblement une cavité de trois mètres de long environ sur deux de large, dont la voûte s’abaissait doucement vers le fond. Ce n’était pas grand mais il y avait assez d’espace pour qu’une petite fille puisse s’y mouvoir à son aise. Ayla découvrit à l’entrée une réserve de noisettes pourries et quelques crottes d’écureuil, et en conclut que seuls de petits animaux avaient occupé les lieux. Elle en fit le tour en dansant de joie, ravie de sa découverte. La grotte semblait avoir été faite sur mesure pour elle.
Elle ressortit et, après avoir contemplé un instant la clairière, escalada la paroi rocheuse jusqu’à une étroite corniche. Au loin, blottie au creux de deux collines, s’étendait la surface miroitante de la mer intérieure.
Tout en bas, elle distingua de minuscules silhouettes près du ruban argenté de la rivière. Ayla comprit alors qu’elle se trouvait pratiquement au-dessus de la caverne du clan.
Puis elle s’en fut faire le tour de la clairière. C’était exactement ce qu’elle cherchait. Elle pourrait s’entraîner à la fronde dans le pré, se désaltérer à sa guise, et s’abriter de la pluie dans la petite grotte, où elle pourrait également cacher son arme sans craindre que Creb ou Iza viennent à la découvrir. Et il y avait même des noisettes ! En outre, elle n’aurait plus à redouter l’arrivée inopinée des hommes, qui ne s’aventuraient jamais aussi haut pour chasser. Elle s’élança toute joyeuse vers le ruisseau où elle choisit quelques galets bien ronds pour essayer sa nouvelle fronde.
Dès qu’elle le pouvait, Ayla gagnait sa retraite pour s’entraîner à tirer. Elle découvrit un accès plus direct, quoique plus escarpé, à sa prairie. Il n’était pas rare qu’elle croise en chemin un mouflon, un chamois ou même un daim farouche en train de paître. Mais les animaux des hauts pâturages s’habituèrent rapidement à sa présence, et lorsqu’elle arrivait, ils se contentaient de s’éloigner à l’autre bout du pré.
Quand elle eut gagné en habileté et que le tir sur cible fixe eut perdu son piquant, elle se donna des objectifs plus difficiles. La fillette écoutait attentivement les conseils que Zoug prodiguait à Vorn, puis les mettait en pratique pour son compte personnel. C’était un jeu pour elle, et elle s’amusa à comparer ses progrès avec ceux du jeune garçon. Mais celui-ci considérait la fronde comme une arme réservée aux vieux et lui préférait de loin la lance, l’arme des chasseurs, avec laquelle il avait réussi à abattre quelques petites proies peu rapides, comme les porcs-épics et les serpents. Faute de s’appliquer autant qu’Ayla, il éprouvait plus de difficultés qu’elle. Et quand la fillette constata sa supériorité sur lui, elle en ressentit une certaine fierté qui se manifesta par un léger changement dans son comportement, changement qui n’échappa nullement à Broud.
Les femmes étaient censées se montrer dociles, soumises, modestes et humbles, et le jeune homme considérait comme un affront personnel l’absence de toute servilité chez Ayla. Cela représentait une menace pour sa virilité. Il l’observa attentivement, afin de discerner ce qu’il y avait en elle de changé, et lui envoya même quelques calottes, rien que pour voir sa peur et pour l’humilier.
Ayla s’efforçait d’obéir aussi vite que possible aux ordres de Broud. Elle n’avait pas conscience de sa liberté d’allure et de son aisance, acquises à arpenter les forêts et les prés, de son attitude fière, née des exploits récents dans l’art de manier la fronde mieux que son jeune rival, et de la confiance en soi qu’elle gagnait chaque jour davantage. Elle ne comprenait pas pourquoi Broud s’en prenait si souvent à elle, et Broud lui-même aurait été incapable de dire en quoi elle le dérangeait tant.
Le souvenir cuisant du jour où elle avait usurpé à son profit l’attention générale y était pour quelque chose, mais la raison véritable résidait dans son origine étrangère, dans sa naissance chez les Autres. Elle représentait une nouvelle race, plus jeune, plus vigoureuse, plus dynamique, moins conditionnée par les acquis de la mémoire. La morphologie même de son crâne annonçait une nouvelle intelligence. Il naîtrait de son cerveau des idées comme le Peuple du Clan ne saurait même en rêver. La race d’Ayla appartenait à l’avenir, celle du Clan était déjà du passé.
Broud sentait de façon inconsciente et profonde la différence de leurs destins. Ayla constituait non seulement une menace pour sa virilité mais pour son existence même. Sa haine à l’égard de la fillette était celle de l’ancien pour le nouveau, de la tradition envers l’innovation, de ce qui meurt envers ce qui vit. La race de Broud était trop statique ; elle n’évoluait pas. Quant à Ayla, elle représentait une nouvelle expérience de la nature, et en essayant de modeler son comportement sur celui des femmes, elle ne faisait qu’adopter une façade. En fait, elle essayait de découvrir le moyen de satisfaire un profond besoin qui cherchait à s’exprimer et, au fond d’elle-même, elle était déjà entrée dans la voie de la révolte.
Par une matinée qui s’était révélée particulièrement éprouvante pour elle, Ayla alla se désaltérer à la petite mare. Les hommes s’étaient réunis de l’autre côté de l’entrée de la caverne pour organiser la prochaine chasse. Ayla en était heureuse, car ainsi Broud ne serait pas là pour la harceler comme il prenait plaisir à le faire. Pourquoi fait-il toujours appel à moi pour les corvées ? Et j’ai beau m’exécuter du mieux que je le peux, il n’est jamais satisfait. Comme j’aimerais qu’il me laisse tranquille !
— Aïe ! s’écria-t-elle involontairement, surprise par la violence du coup que Broud venait de lui porter.
Tout le monde se tourna vers elle, puis regarda aussitôt ailleurs. Quand on est presque une femme, on s’abstient de crier quand on reçoit une taloche.
— Espèce de paresseuse ! A quoi rêvassais-tu, assise à ne rien faire s’exclama Broud. Je t’ai demandé de nous apporter à boire et tu n’as pas obéi. Pourquoi faut-il qu’on te le dise deux fois ?
Une bouffée de rage envahit Ayla. Elle s’en voulait d’avoir crié, de s’être humiliée devant tout le clan. Elle se leva, mais au lieu de bondir sur ses pieds, prompte à obéir, elle prit tout son temps et, jetant à Broud un regard noir, elle se mit en devoir d’apporter à boire aux hommes, muets de stupeur. Comment osait-elle se montrer si insolente ?
Donnant libre cours à sa colère, Broud se jeta sur elle, la fit pivoter et lui envoya en plein visage un coup de poing qui la projeta à terre. Il lui asséna un autre coup violent tandis qu’elle roulait en boule pour tenter de se protéger. Aucune plainte ne sortit de sa bouche, bien que le silence ne soit plus de rigueur en de telles circonstances. La fureur de Broud croissait avec sa violence ; il voulait l’entendre crier et, aveuglé par la rage, il fit pleuvoir sur elle une volée de coups féroces.
Se cuirassant contre la douleur, elle serra les dents, résolue à ne pas lui concéder ce plaisir. Mais au bout de quelques instants, elle n’était même plus en mesure de hurler.
Lentement, à travers le voile rouge qui l’aveuglait, elle prit vaguement conscience qu’on avait cessé de la battre. Elle sentit Iza l’aider à se relever et, en s’appuyant sur elle de tout son poids, elle tituba, à moitié évanouie, jusqu’à la caverne. Elle éprouva une vague sensation de bien-être quand la guérisseuse lui appliqua des cataplasmes et, avant de sombrer dans le sommeil, elle sentit confusément qu’on lui faisait absorber un breuvage amer.












