Le clan de lours des cav.., p.55

  Le clan de l'ours des cavernes, p.55

   part  #1 of  Les Enfants de la Terre Series

Le clan de l'ours des cavernes
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  Ce n’était pas à Mog-ur qu’Ayla en voulait mais à elle-même de voir une autre femme allaiter son fils alors qu’elle en était incapable. Oga, Aga et Ika étaient venues toutes trois lui proposer de nourrir Durc et elle avait accepté avec reconnaissance. Mais la plupart du temps, c’était Uba qui apportait Durc à l’une d’elles, auprès de qui elle restait jusqu’à ce que le bébé eût fini. En perdant son lait, Ayla perdit en même temps une partie de la vie de son fils. Mais chaque nuit, en prenant Durc auprès d’elle, elle remerciait Broud pour son refus de recueillir l’enfant dans son foyer : ainsi n’en était-elle pas complètement séparée.

  Tandis que les jours raccourcissaient avec l’automne, Ayla reprit sa fronde, saisissant ce prétexte pour sortir seule. Elle avait si peu chassé l’année précédente qu’elle avait perdu de son habileté, mais bien vite elle retrouva toute sa précision et sa rapidité. La plupart du temps elle partait tôt le matin et rentrait tard le soir, confiant Durc à Uba, et son seul regret était que l’hiver approchât si vite.

  Si la chasse lui redonnait des forces et occupait l’esprit d’Ayla tant qu’elle s’y livrait, elle n’était pas pour autant débarrassée du poids de son chagrin. Il semblait à Uba que toute joie avait déserté le foyer de Creb. Sa mère lui manquait et une infinie tristesse se dégageait de Creb comme d’Ayla. Seul Durc, dans son inconscience enfantine, perpétuait un peu de ce bonheur qui, autrefois, lui avait paru être son dû. A l’occasion, il parvenait même à tirer Creb de sa léthargie.

  Ce matin-là, Ayla était partie de bonne heure. Uba s’était éloignée du foyer pour chercher quelque chose au fond de la caverne quand Oga vint rapporter Durc dont elle confia la surveillance à Creb. L’enfant était rassasié et satisfait, mais il semblait peu disposé à dormir. Il rampa vers le vieillard et se dressa sur ses jambes flageolantes en se retenant au vêtement de Creb.

  — Toi, tu vas bientôt marcher, dit Creb. Avant la fin de l’hiver, tu courras partout dans la caverne, mon bonhomme !

  Creb lui chatouilla le ventre. Durc ouvrit la bouche en étirant les lèvres et un rire gargouilla dans sa gorge. Creb ne connaissait qu’une seule personne dans le clan capable de produire un son pareil. Il le chatouilla encore, et l’enfant rit de plus belle au point d’en perdre l’équilibre et de se retrouver les fesses par terre. Creb le releva et l’examina d’un regard attentif.

  Les jambes de Durc étaient arquées, mais moins que celles des autres enfants du clan et, quoique grassouillettes, Creb pouvait voir que leurs os étaient plus longs et plus fins. J’ai l’impression que ses jambes seront droites comme celles d’Ayla, et qu’il sera aussi grand qu’elle. Et son cou, si maigre et si fragile à la naissance qu’il n’arrivait pas à tenir la tête droite, ressemble à présent à celui d’Ayla. Et sa tête donc ? Ce grand front, c’est celui d’Ayla. Creb tourna Durc de profil. Le front, oui, mais les sourcils et les yeux, ce sont bien ceux du clan, ainsi que sa nuque.

  Ayla avait raison. Il n’est pas difforme mais le résultat d’un mélange entre la conformation de sa mère et celle du clan. Je me demande si ça se passe toujours ainsi. Les esprits se mélangent-ils ? La vie commence-t-elle par un mélange de l’esprit des totems mâles et des totems femelles ? Creb n’en savait rien, mais tout cela lui donna à penser. Le vieux sorcier médita souvent au sujet de Durc tout au long de cet hiver solitaire. Il avait l’impression que le petit garçon serait appelé à jouer un rôle important dans le futur, mais il était bien incapable de dire lequel.

  27

  — Mais Ayla, je ne suis pas comme toi, moi. Je ne peux pas chasser. Où irai-je quand il fera nuit ? se lamenta Uba. Ayla, j’ai peur.

  L’inquiétude qui se lisait sur le visage de la jeune fille fit regretter à Ayla de ne pouvoir l’accompagner. Uba n’avait pas tout à fait huit ans, et la perspective de passer quelques jours seule, loin de la sécurité de la caverne, l’effrayait. Mais l’esprit de son totem s’était battu pour la première fois et elle n’avait pas d’autre choix que de s’isoler.

  — Tu te souviens de la petite grotte dans laquelle je me suis cachée à la naissance de Durc ? Eh bien, vas-y, Uba. Ce sera moins dangereux que de rester dehors. Je viendrai te voir tous les jours pour t’apporter à manger, et le temps passera très vite, tu verras. Prends une fourrure pour dormir et une braise pour allumer le feu. Tu trouveras de l’eau tout à côté. Bien sûr, ce sera dur de te retrouver toute seule, surtout la nuit, mais ne t’inquiète pas, tout ira bien. Et n’oublie pas, tu es une femme à présent. Tu auras bientôt un compagnon et peut-être même un bébé d’ici peu.

  — Sais-tu quel homme Brun choisira pour moi ?

  — Quel homme penses-tu qu’il te choisisse, Uba ?

  — Vorn est le seul homme à ne pas avoir de compagne, et Borg aussi sera bientôt homme. Évidemment, Brun pourrait me donner comme seconde compagne à l’un des autres... Mais je crois que je préfère Borg. Nous avons beaucoup joué à nous accoupler, jusqu’au jour où il a voulu assouvir ses désirs avec moi pour de vrai. Ça n’a pas très bien marché, et depuis il est tout timide. Et puis il ne veut plus jouer avec les filles parce qu’il va devenir un homme. Il faut penser à Ona aussi, et Brun ne peut la donner à Vorn puisque c’est sa sœur. Il ne peut donc que lui donner Borg. Alors je crois que c’est Vorn qui deviendra mon compagnon.

  — Ça fait un certain temps qu’il est un homme, et il doit se sentir impatient de prendre une compagne, dit Ayla, qui était arrivée elle aussi à la même conclusion. Cela te ferait plaisir de l’avoir pour compagnon ?

  — Il fait comme si je n’existais pas, mais de temps en temps il me regarde. Après tout, il n’est peut-être pas si méchant que ça.

  — Broud l’aime bien et en fera sans doute son second. Tu n’as pas d’inquiétude à te faire pour ton propre statut dans le clan, mais tu dois y penser pour tes fils. Je crois que tu as raison, il se donne l’air plus méchant qu’il ne l’est. Il lui arrive même d’être gentil avec Durc quand Broud n’est pas dans les parages.

  — Tout le monde est gentil avec Durc, sauf Broud, remarqua Uba. Tout le monde l’aime beaucoup.

  — Ça, on peut dire qu’il est à l’aise dans tous les foyers. Il a tellement l’habitude d’aller d’une femme à l’autre pour téter qu’il se sent partout chez lui et appelle toutes les femmes maman, répondit Ayla, l’air légèrement contrarié. (Mais elle chassa bien vite son ressentiment.) Tu te souviens du jour où il est entré dans le foyer de Grod, comme s’il était né là ?

  — Oui, je m’en souviens, j’ai bien essayé, mais je n’ai pas pu m’empêcher de regarder, se rappela Uba. Il est passé devant Uka, qu’il a appelée maman, et il s’est dirigé droit vers Grod pour lui grimper sur les genoux.

  — Je sais, répondit Ayla. De ma vie je n’ai vu Grod aussi stupéfait. J’étais sûre qu’il allait se mettre en colère quand Durc s’est mis à jouer avec sa grande lance. Mais il s’est contenté de la lui enlever des mains en disant : « Plus tard, Durc chasser comme Grod ! »

  — Je crois que, si Grod l’avait laissé faire, il serait parti avec sa lance !

  — Il ne se couche jamais sans le petit épieu qu’il lui a taillé, dit Ayla, qui souriait, attendrie par le rappel de ces petites scènes dont Durc était le héros. Tu sais combien Grod est peu loquace, poursuivit-elle avec des gestes allègres. J’ai été surprise de le voir arriver l’autre jour. Il m’a à peine saluée, est allé tout droit à Durc et lui a mis dans les mains cet épieu ; il lui a aussi montré comment le tenir. Et tout ce qu’il a dit en repartant, c’est : « Puisque le petit a tellement envie de chasser, il faut qu’il ait une arme à lui. »

  — Quel dommage qu’Ovra n’ait jamais eu d’enfant. Grod aurait été si heureux ! dit Uba. C’est peut-être pour ça qu’il aime autant Durc. Brun aussi d’ailleurs, j’en suis certaine. Quant à Zoug, il commence déjà à lui montrer comment se servir d’une fronde. J’ai l’impression qu’il n’aura aucune difficulté à apprendre à chasser. A voir la façon dont ils se comportent avec Durc, on dirait que tous les hommes du clan sont les compagnons de sa mère, à l’exception de Broud... Et c’est peut-être la vérité, Ayla. Dorv a toujours prétendu que leurs totems à tous s’étaient ligués pour vaincre ton Lion des Cavernes.

  — Je crois que tu ferais bien d’y aller, Uba, déclara Ayla pour changer de sujet. Je vais t’accompagner une partie du chemin. Il s’est arrêté de pleuvoir. Les fraises sauvages doivent être mûres. Tu en trouveras un vrai champ à mi-chemin sur le sentier. Je monterai te voir plus tard.

  Goov traça à l’ocre jaune le symbole du totem de Vorn sur celui d’Uba.

  — Acceptes-tu cette femme pour compagne ? demanda Creb avec des gestes solennels.

  Vorn tapa Uba sur l’épaule et la jeune femme le suivit dans la caverne. Puis Creb et Goov accomplirent le même rituel pour Borg et Ona qui, à leur tour, gagnèrent le nouveau foyer où ils allaient passer une longue période d’isolement. Une brise légère faisait frissonner les feuilles des arbres, dont le vert prenait des couleurs tendres dans la lumière matinale. Quand l’assemblée se dispersa, Ayla prit Durc dans ses bras pour le ramener à la caverne, mais l’enfant se mit à gigoter pour descendre.

  — D’accord, Durc, dit Ayla. Tu marches tout seul, mais tu viens manger un peu de bouillie.

  Tandis que sa mère préparait le repas du matin, Durc s’échappa pour aller retrouver Uba et Vorn. Ayla eut juste le temps de le rattraper.

  — Durc veut voir Uba, dit le petit garçon.

  — Non, Durc. Personne n’a le droit de leur rendre visite pendant quelque temps. Mais si tu es bien gentil et que tu manges bien ta soupe, je t’emmènerai chasser avec moi.

  — Durc bien gentil. Pourquoi Durc peut pas voir Uba ? demanda l’enfant, radouci par la promesse d’aller à la chasse avec sa mère. Pourquoi Uba ne mange pas avec nous ?

  — Elle ne vivra plus dans ce foyer, Durc. Elle est la compagne de Vorn, maintenant, tu comprends ?

  Durc n’était pas le seul à regretter le départ d’Uba. Le foyer paraissait vide depuis qu’elle l’avait quitté, laissant Creb, Ayla et l’enfant seuls. Dès lors, la tension entre le vieil homme et la jeune femme se manifesta de plus en plus clairement. Aucun des deux n’avait réussi à oublier les remords qu’il éprouvait à l’égard de l’autre. Plus d’une fois, en voyant le vieux sorcier sombrer dans la mélancolie, Ayla avait voulu lui passer les bras autour du cou et le serrer contre elle comme elle le faisait autrefois ; mais elle s’était retenue, répugnant à s’imposer à lui.

  Creb ressentait le même manque d’affection et la même retenue, sans savoir que son isolement affectif ne faisait qu’aggraver son abattement. A chaque fois qu’il avait surpris la douleur d’Ayla, regardant son fils au sein d’une autre femme, il aurait voulu aller la prendre dans ses bras. Iza aurait su trouver les mots et les gestes appropriés mais Iza n’était plus, et chacun se désespérait de ne pouvoir exprimer à l’autre tout l’amour qu’il lui gardait. Ils se sentirent très mal à l’aise lors du premier repas matinal sans Uba.

  — Tu as encore faim, Creb ? demanda Ayla.

  — Non, non. J’ai assez mangé, répondit le sorcier.

  Il la regarda débarrasser les restes du repas, pendant que Durc se resservait allégrement des deux mains. Bien qu’il eût à peine plus de deux ans, le garçon était tout à fait sevré. Toutefois, il allait encore téter Oga et Ika, qui venait de mettre au monde un autre enfant, mais c’était pour le plaisir du contact chaud et rassurant des femmes qui l’avaient nourri, et aussi parce qu’elles voulaient bien le laisser faire. La venue d’un nouveau-né contraignait d’ordinaire la femme à refuser son lait aux enfants plus âgés, à plus forte raison déjà sevrés, mais Ika faisait exception pour Durc. Le garçon, cependant, savait ne pas abuser de ce privilège. Il ne tétait jamais longtemps et s’abstenait de demander quand elle venait d’allaiter son nourrisson.

  Oga aussi se montrait fort indulgente envers lui, et il en profitait. Grev, qui était pratiquement sevré, sautait alors sur l’occasion, et on les voyait parfois tous les deux dans les bras d’Oga, tétant chacun un sein, jusqu’à ce que la curiosité de l’un pour l’autre les arrache aux mamelles. Durc était aussi grand que Grev, mais un peu moins fort. Quand ils luttaient ensemble, Grev avait le plus souvent le dessus, mais Durc le battait aisément à la course. La paire était inséparable, et ils se retrouvaient à la moindre occasion.

  — Tu emmènes le petit avec toi ? s’enquit-il après un silence pesant.

  — Oui, acquiesça-t-elle en essuyant les mains et le visage de son fils. Je lui ai promis de l’emmener chasser et je dois également ramasser quelques plantes. Il fait si beau aujourd’hui ! Tu devrais sortir, toi aussi, Creb, ajouta-t-elle. Le soleil te fera le plus grand bien.

  — Oui, oui, plus tard.

  L’espace d’un instant, elle hésita à lui proposer de faire une promenade le long de la rivière, comme par le passé, mais le vieil homme était absorbé dans ses pensées. Creb, après s’être assuré qu’elle avait bien quitté les lieux, saisit son bâton mais, trouvant trop fatigant de se lever, le reposa.

  Ayla prit la direction de la rivière, Durc sur sa hanche et son panier de cueillette dans le dos. Creb l’inquiétait beaucoup. Ses facultés mentales, pourtant considérables, déclinaient doucement. Il était plus distrait que jamais, et il lui reposait souvent des questions auxquelles elle avait déjà répondu. Il sortait rarement de la caverne, même quand le temps était beau et ensoleillé. Il restait assis des heures durant, prétendant méditer et finissant par s’endormir sur place.

  Dès qu’elle se fut éloignée de la caverne, Ayla se détendit et retrouva ses grandes et souples enjambées de coureuse des bois. Sa liberté d’allure ainsi que la beauté de l’été dissipèrent toutes les préoccupations qui l’agitaient. En arrivant dans une clairière, elle laissa Durc marcher tout seul et s’arrêta pour cueillir des plantes. Il la regarda faire, puis arracha une poignée d’herbe et de luzerne qu’il lui apporta fièrement dans son petit poing serré.

  — C’est très bien, Durc, dit Ayla en déposant les herbes dans son panier.

  — Durc chercher encore, babilla l’enfant qui s’éloigna en courant. Accroupie sur ses talons, Ayla observait son fils aux prises avec une grosse touffe. L’herbe céda brusquement et le petit garçon retomba brutalement sur le derrière. Il fronça son visage pour crier, plus surpris qu’endolori, mais Ayla s’empressa de le soulever dans ses bras et le fit sauter plusieurs fois en l’air. Durc gloussa de plaisir et la jeune femme s’amusa à le chatouiller rien que pour l’entendre rire.

  La mère et le fils ne riaient que lorsqu’ils étaient seuls. Durc apprit très vite que personne d’autre n’appréciait ni n’approuvait ses sourires et ses éclats de rire. S’il faisait à toutes les femmes du clan le geste traditionnel pour dire « maman », il savait bien qu’Ayla n’était pas comme les autres. Il se sentait beaucoup plus heureux avec elle et adorait se promener en sa compagnie. Mais ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était le nouveau jeu qu’ils avaient inventé tous les deux.

  — Ba-ba-na-ni-ni, ânonna Durc.

  — Ba-ba-na-ni-ni, répéta Ayla.

  — No-na-ni-gou-la, ajouta Durc.

  Ayla l’imita encore une fois en le chatouillant gentiment, uniquement pour le plaisir de l’entendre rire de nouveau. Puis elle articula une série de sons, des sons qu’elle aimait tout particulièrement l’entendre répéter car ils faisaient naître en elle une impression de tendresse telle qu’elle en pleurait presque.

  — Ma-ma-ma-ma, dit-elle.

  — Ma-ma-ma-ma, répéta Durc.

  Ayla le prit dans ses bras et le serra contre elle.

  — Ma-ma, dit à nouveau le garçonnet.

  Il gigota pour se libérer. Il préférait les longs câlins le soir quand il se blottissait contre elle en se couchant. Elle essuya une larme. Les pleurs étaient une particularité qu’il ne partageait pas avec elle. Il avait de grands yeux marron, enfoncés sous de larges arcades sourcilières, les yeux du clan.

  — Ma-ma, dit Durc, qui l’appelait souvent ainsi quand ils étaient seuls, surtout après qu’on lui eut rappelé le mot de deux syllabes. Tu vas chasser maintenant ? demanda-t-il, adoptant de nouveau le langage gestuel du clan.

  Depuis qu’elle emmenait Durc chasser avec elle, Ayla avait commencé par lui apprendre à tenir une fronde, et elle s’apprêtait à lui en fabriquer une quand Zoug la prit de vitesse. Le vieil homme ne chassait plus du tout, mais il prenait plaisir à faire l’apprentissage de Durc. Malgré son jeune âge, le bambin montrait déjà d’excellentes dispositions au maniement de cette arme, dont il était aussi fier que de sa petite lance.

  Il aimait bien l’attention qu’il suscitait en se promenant avec sa fronde passée dans sa ceinture et sa lance à la main. Il fallut fabriquer des armes pour Grev aussi. Les deux gamins, ainsi armés, provoquaient l’amusement du clan, et ses compliments envers d’aussi braves petits hommes. Des hommes, ils avaient déjà certains privilèges. Ainsi quand Durc découvrit que commander aux petites filles était non seulement permis mais de règle, il n’hésita pas longtemps à user des prérogatives masculines envers les femelles du clan, adultes comprises car elles aussi, il l’avait vérifié, exécutaient parfois ses volontés, sinon ses caprices. Mais avec sa mère il avait d’autres rapports.

  Il savait qu’Ayla était différente. Elle était la seule avec laquelle il pouvait rire, jouer à faire des bruits avec la bouche, la seule qui avait ces longs cheveux d’or qu’il adorait toucher. Il ne pouvait se rappeler s’il lui avait tété le sein, mais il n’aurait dormi avec personne d’autre qu’elle. Il savait qu’elle était une femme parce que sa place dans le clan était parmi les femmes, mais elle était plus grande que les autres hommes, et elle chassait. Il n’avait qu’une très vague idée de ce qu’était la chasse, mais elle était réservée aux hommes, de cela il était sûr. Sa mère était la seule femme qui chassait. Elle était unique. Le nom qu’elle lui avait appris, et qu’il aimait tant répéter, lui allait bien. Elle était Mama, la déesse blonde qu’il aimait et qui n’acquiesçait pas la tête baissée quand il se hasardait à la commander.

 
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