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Le clan de l'ours des cavernes,
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Tous les esprits n’en formaient qu’un seul, et ce ne fut qu’en se rapprochant du présent qu’ils se séparèrent en même temps qu’ils retrouvaient leurs derniers ascendants, leurs tout derniers géniteurs, et enfin reprenaient conscience d’eux-mêmes. Ce voyage à travers les âges n’avait en vérité duré que quelques minutes et, comme chaque homme sortait de sa transe, il se levait sans hâte pour regagner le campement et dormir d’un sommeil sans rêves, car ceux-ci restaient derrière lui à l’intérieur du cercle des torches.
Quand ils furent tous partis, Creb resta seul à méditer. Il songea à leur capacité de connaître le passé avec une profondeur qui exaltait les âmes. Pourtant cela le laissait toujours insatisfait, car l’avenir leur restait invisible. Ils ne parvenaient même pas à imaginer un futur quelconque. Lui seul en avait une idée, encore celle-ci était-elle des plus floues.
Le Clan était incapable de concevoir un futur différent du passé, incapable d’entrevoir la moindre alternative pour ses lendemains. Tout le savoir des gens du Clan, toutes leurs actions n’étaient que la répétition de ce qui avait déjà été fait avant eux. Même constituer des provisions de nourriture lors des changements de saisons était le fruit d’une expérience non pas acquise mais héritée.
Il y avait eu un temps, un temps très lointain, où innover, inventer était plus facile, où l’arête tranchante d’une pierre avait donné à quelqu’un l’idée de fendre une pierre dans le seul but d’obtenir une arête tranchante, où un bâton durci accidentellement au feu avait donné l’idée de durcir au feu les pointes des épieux. Mais à mesure que les souvenirs s’étaient accumulés dans les esprits, les changements s’étaient faits plus rares. Dans leurs cerveaux saturés par les connaissances acquises au cours des âges, il n’y avait plus de place pour les idées nouvelles. Les crânes, déjà énormes, ne pouvaient grossir encore sans rendre les accouchements de plus en plus douloureux, voire impossibles.
Le Peuple du Clan vivait selon des coutumes inchangées. Chaque facette de la vie, depuis la naissance jusqu’au moment où les esprits vous rappelaient dans le monde invisible, était calquée sur le passé. La survie de la race exigeait cet immobilisme, et cependant ce dernier les condamnait tôt ou tard à disparaître.
Leur adaptation était lente. Les inventions étaient toujours le fruit d’un hasard, et encore n’étaient-elles presque jamais utilisées. Changer leur coûtait trop d’effort, et une race qui n’avait pas de place pour des connaissances nouvelles, pas de place pour évoluer, se retrouvait désarmée face à un environnement en évolution constante. Leur développement était achevé, du moins dans la direction qu’ils avaient prise de corps et d’esprit. Il ne pourrait y avoir de progrès pour l’espèce que sous une forme nouvelle, un nouveau spécimen.
Et Mog-ur, assis seul dans l’herbe de la steppe, regarda la flamme de la dernière torche vaciller et s’éteindre en pensant à l’étrange fillette qu’Iza avait recueillie. Il avait déjà eu l’occasion de rencontrer les Autres, mais il ne gardait pas un bon souvenir de ces rencontres. D’où venaient ces gens restait un mystère, et certes, ils étaient étrangers aux contrées où vivait le Clan. Cependant des choses avaient changé depuis leur arrivée. Ils semblaient apporter le changement avec eux.
Creb chassa le trouble qui s’était emparé de lui à ces pensées. Il rangea avec précaution le crâne de l’ours des cavernes dans un pli de sa fourrure et, saisissant son bâton, il s’en revint en boitant vers le campement.
3
L’enfant se retourna et commença à s’agiter.
— Ma-man, gémit-elle. (Puis, battant l’air de ses bras, elle appela de nouveau, plus fort :) Ma-man !
Iza l’attira contre elle en murmurant tendrement à son oreille. La chaleur de son corps ainsi que les sons apaisants pénétrèrent l’esprit enfiévré de la fillette qui se calma. Elle avait dormi par à-coups, réveillant fréquemment la femme par ses sursauts, ses plaintes et son délire. Les sons étaient étranges, fort différents de ceux prononcés par le Peuple du Clan. Ils se succédaient aisément, avec une grande facilité, un son entraînant l’autre. Iza était bien incapable de les saisir dans leur totalité car son oreille n’était pas préparée à percevoir leurs subtiles variations. Mais ceux que l’enfant venait de pousser étaient revenus si souvent qu’Iza en déduisit qu’ils devaient désigner quelqu’un de très proche pour la fillette, et comme celle-ci s’apaisait à son contact, elle comprit leur signification.
Elle ne peut pas être très âgée, pensa Iza, car elle n’a manifestement pas su trouver de quoi manger. Je me demande pendant combien de temps elle a erré seule ? Qu’a-t-il bien pu arriver à son peuple ? Le tremblement de terre ? La petite aurait tenu si longtemps ? Et comment a-t-elle pu se tirer des griffes d’un lion des cavernes avec quelques égratignures ? Iza avait soigné assez souvent ce genre de blessures pour connaître leur provenance. De puissants esprits doivent la protéger, conclut-elle.
L’aube naissait mais l’obscurité était encore profonde quand la fièvre provoqua une brusque suée. Iza s’assura que l’enfant était bien couverte et la garda au chaud tout contre elle. La petite fille se réveilla peu après et se demanda où elle se trouvait, mais il faisait trop sombre pour y voir quelque chose. Le corps de la femme endormie contre elle la rassura et elle referma les yeux, glissant dans un sommeil moins agité.
Au lever du jour, au moment où les arbres commençaient à se découper sur le ciel pâle, Iza se glissa doucement hors de la fourrure. Elle attisa le feu, y ajouta du bois, puis alla remplir un bol d’eau à la cascade et arracher un peu d’écorce de saule. Elle saisit son amulette et remercia les esprits pour le saule qu’ils dispensaient si généreusement, car non seulement le saule était fort répandu, mais son écorce possédait de grandes vertus pour calmer la douleur et apaiser la fièvre. Elle connaissait d’autres plantes aux qualités analgésiques, mais elles endormaient trop les sens. Le saule, lui, se contentait d’atténuer la fièvre et la douleur.
Tandis qu’Iza s’occupait à faire chauffer l’eau, le campement sortit peu à peu de sa torpeur. Une fois la potion d’écorce de saule prête, elle revint auprès de l’enfant, posa précautionneusement le bol fumant dans un petit trou creusé dans le sol, puis se glissa sous la fourrure. Elle observa la fillette endormie, notant que sa respiration était régulière. Comme ce petit visage l’intriguait ! Le feu du soleil avait disparu, laissant un hâle doré et une peau qui pelait sur l’arête du nez minuscule.
Iza n’avait jamais vu d’aussi près un petit des Autres. Les femmes du Clan s’enfuyaient et se cachaient toujours à leur approche. Des incidents désagréables survenus lors de rencontres fortuites et rapportés lors des Rassemblements du Clan incitaient chacun à les éviter autant que possible. Cependant, l’expérience qu’avait connue leur propre clan n’avait pas été déplaisante. Iza repensa à sa conversation avec Creb au sujet de l’homme qui, un jour, avait fait irruption dans leur caverne, le bras cassé, fou de douleur.
Il avait appris à la longue quelques rudiments de leur mode d’expression, mais se comportait d’étrange façon. Ainsi, il aimait s’entretenir aussi bien avec les femmes qu’avec les hommes et avait manifesté un profond respect, voire de la déférence envers la guérisseuse, ce qui ne l’avait pas empêché de gagner l’estime des hommes.
Soudain, le soleil, qui venait d’apparaître à l’horizon, éclaira de ses rayons le visage de la petite fille, dont les paupières frémirent. En ouvrant les yeux, elle plongea son regard dans deux grands yeux bruns, profondément enfoncés dans leurs orbites, et découvrit un visage dont le bas ressemblait à un museau.
La fillette poussa un cri et referma les yeux précipitamment. Iza serra contre elle l’enfant tremblante de peur, murmurant des sons apaisants, des sons qui semblaient familiers à la petite fille, tout comme la chaleur de ce corps réconfortant. Son tremblement s’atténua progressivement et elle entrouvrit de nouveau les yeux. Cette fois elle ne cria pas. Enfin, elle les ouvrit complètement et examina ce visage terrifiant et totalement inconnu.
Stupéfaite, Iza la regardait aussi. Pendant un instant, elle crut que l’enfant était aveugle. Jamais auparavant, elle n’avait vu des yeux de la couleur du ciel. Ceux des vieillards se voilaient parfois d’une pellicule blanchâtre qui réduisait considérablement la vue. Mais les pupilles dilatées de l’enfant la convainquirent qu’elle voyait parfaitement. Cette couleur bleu-gris doit être courante chez les Autres, pensa-t-elle.
La petite fille restait étendue, parfaitement immobile, les yeux grands ouverts. Quand Iza l’aida à s’asseoir, elle grimaça de douleur et tous ses souvenirs refluèrent en force. Elle revit le monstrueux lion et ses griffes acérées lui labourant la cuisse ; elle se rappela ses efforts pour gagner le bord de la rivière, étourdie par la soif et la souffrance, mais elle fut incapable de se remémorer ce qui lui était arrivé auparavant. Elle avait complètement refoulé de sa mémoire tout ce qui concernait sa fuite solitaire, la peur et la faim, le tremblement de terre et les êtres chers qu’elle avait perdus.
Iza approcha le bol de ses lèvres. La fillette avait soif mais à la première gorgée le breuvage amer lui arracha une grimace de dégoût. Lorsque la femme porta de nouveau le bol à ses lèvres, cependant, elle but, trop effrayée pour refuser. Satisfaite, Iza la laissa pour aider les femmes à préparer le repas du matin. La petite fille la suivit des yeux, et avec stupeur elle vit pour la première fois ce campement où tous les gens ressemblaient à cette femme.
L’odeur de la nourriture qui cuisait réveilla la faim de l’enfant et, quand Iza revint avec un petit bol de bouillon de viande épaissi de graines broyées, elle l’avala avec avidité. La guérisseuse ne la jugeait pas prête à un aliment plus solide. Pour le moment un simple gruau suffisait à remplir son estomac resserré par le jeûne. Elle garda le reste du bouillon dans une outre de peau ; elle le lui donnerait une fois qu’ils se seraient remis en route. Puis elle l’allongea sur la fourrure et lui ôta l’emplâtre. Les plaies commençaient à sécher et la cuisse était déjà moins enflée.
— Bien, dit Iza à haute voix.
La petite fille sursauta au son rauque et guttural du mot, le premier qu’elle entendait prononcer. Cela ne ressemblait pas à un vrai mot, on aurait dit plutôt le grognement de quelque animal. Mais le comportement d’Iza n’avait rien d’animal, il était au contraire très humain, très tendre. La guérisseuse avait déjà préparé un nouveau pansement et elle s’apprêtait à l’appliquer quand survint en claudiquant un homme bancal et difforme.
Jamais elle n’avait vu homme plus horriblement repoussant. Une profonde balafre zébrait un côté de son visage et il n’y avait qu’un bout de chair tourmentée à la place où aurait dû se trouver son œil. Mais tous ces gens lui semblaient si bizarres et si laids que ces traits abominablement défigurés ne représentaient pour elle qu’un degré supplémentaire dans la laideur. Elle ne savait pas qui ils étaient ni comment elle se trouvait parmi eux mais elle savait que cette femme prenait soin d’elle. On lui avait donné à manger, on l’avait soignée, et surtout elle éprouvait un immense soulagement après l’effroi qu’elle avait connu à errer seule dans un monde hostile. Et seule, elle ne l’était plus, même parmi ces êtres si différents d’elle.
L’infirme s’assit pour observer la petite fille. Elle lui rendit son regard avec une franche curiosité qui surprit le vieil homme. Les enfants de son clan avaient toujours eu peur de lui, prompts à s’apercevoir que leurs aînés mêmes le craignaient, et ses manières distantes n’encourageaient pas la familiarité. De plus, les mères menaçaient fréquemment leurs bambins d’appeler Mog-ur s’ils se montraient désobéissants. En approchant de l’âge adulte, la plupart d’entre eux, et particulièrement les filles, le redoutaient réellement. Ce n’était que beaucoup plus tard, une fois adultes, que les membres du clan voyaient leur crainte se transformer en respect. L’œil valide de Creb pétillait d’intérêt devant le regard franc et serein que lui portait cette étrange enfant.
— La petite va mieux, Iza, remarqua-t-il.
Il avait la voix plus profonde que celle de la femme mais, aux oreilles de l’enfant, les sons qu’il émettait ressemblaient plutôt à des grognements, et elle ne remarqua pas les gestes qui les accompagnaient. Leur langage lui demeurait totalement étranger ; elle savait seulement qu’il venait de communiquer une observation à la femme.
— Elle est encore très faible, dit Iza, mais sa blessure va mieux. En dépit de la profondeur de ses plaies, elle n’a pas la jambe trop abîmée et l’infection se résorbe. Elle a été labourée par les griffes d’un lion des cavernes, Creb. As-tu déjà vu un lion des cavernes attaquer une proie et se contenter de lui donner un coup de patte ? Je suis étonnée qu’elle soit encore en vie. Elle doit se trouver sous la protection d’un esprit très puissant. Mais, ajouta Iza, que sais-je des esprits ?
Il n’appartenait certainement pas à une femme, fût-elle la sœur de Mog-ur, de parler des esprits. D’un geste, elle le pria de pardonner son audace. Il ne releva pas, ainsi qu’elle s’y attendait, mais considéra l’enfant avec un intérêt accru. Il était arrivé de son côté à la même conclusion et, s’il ne voulait pas l’admettre, l’avis de sa sœur comptait pour lui et venait confirmer ses propres déductions.
Ils levèrent le camp rapidement. Iza, chargée de ses ballots et de son panier, hissa la petite fille sur sa hanche et prit sa place dans le rang derrière Brun et Grod. Du haut de son perchoir, la fillette promenait autour d’elle un regard curieux, attentive à ce que faisaient Iza et les autres femmes en marchant. Les arrêts au cours desquels elles ramassaient tout ce qui se présentait de comestible l’intéressaient tout particulièrement. Iza lui donnait de temps à autre un morceau de bourgeon qu’elle venait de cueillir ou quelque jeune et tendre racine, qui réveillait chez l’enfant le vague souvenir d’une autre femme qui avait eu pour elle les mêmes attentions. La terrible faim dont elle avait souffert suscita en elle un vif désir d’apprendre à trouver sa pitance, et elle se mit à prêter davantage attention aux plantes, cherchant à percevoir leurs caractéristiques. Lorsqu’elle en désignait une du doigt, elle manifestait sa joie si Iza s’arrêtait pour l’arracher. Iza aussi était heureuse. Cette enfant est vive, pensait-elle. Elle apprend rapidement.
Vers la mi-journée, ils firent une halte pour se reposer pendant que Brun inspectait les lieux. Après avoir donné à l’enfant le reste de bouillon conservé dans une outre, Iza lui tendit à mâcher un morceau de viande séchée. Ils se remirent en route sans avoir trouvé de caverne satisfaisante et, vers la fin de l’après-midi, la potion d’écorce de saule ayant cessé d’agir, la jambe de la fillette la fit de nouveau souffrir. Comme elle s’agitait nerveusement, Iza l’installa plus à l’aise, et l’enfant s’abandonna en toute confiance, les bras autour du cou de la femme et la tête reposant sur sa large épaule. La guérisseuse, qui n’avait pas encore eu d’enfant, éprouvait un grand élan d’affection pour la petite orpheline. Encore faible et fatiguée, celle-ci ne tarda pas à s’assoupir, bercée par le mouvement régulier de la marche.
Comme le soir approchait, Iza, éreintée par le poids du fardeau supplémentaire qu’elle portait, accueillit avec soulagement la halte qu’ordonna Brun, et elle déposa l’enfant à terre. La fillette avait les joues en feu et le front brûlant de fièvre et, tout en ramassant du bois, la guérisseuse cueillit au passage quelques plantes pour renouveler ses soins. Iza ignorait ce qui causait l’infection, mais elle savait comment la traiter, comme elle savait soigner bien d’autres maux.
La guérison avait beau être chargée de magie et attribuée aux esprits, les remèdes d’Iza n’en étaient pas moins efficaces. Le Peuple du Clan vivait depuis la nuit des temps de la chasse et de la cueillette, et au cours des générations s’était constituée une solide base de connaissances sur les vertus curatives des plantes, due au hasard comme à l’expérimentation. Une fois les animaux dépouillés et dépecés, on observait leurs organes. Les femmes les découpaient pour les cuisiner et en tiraient un savoir qu’elles pouvaient appliquer sur elles-mêmes.
La mère d’Iza lui avait montré les divers organes internes et lui avait expliqué leur fonction, ainsi que son éducation l’exigeait, mais en fait uniquement pour faire resurgir dans sa mémoire ce qu’elle savait déjà. A sa naissance, Iza possédait un savoir inné, légué par la grande lignée de guérisseuses dont elle était la descendante directe. Elle possédait la capacité de se souvenir des expériences de ses ancêtres comme des siennes propres, et une fois le processus enclenché, il devenait automatique. Elle faisait appel à sa mémoire personnelle et aux événements qu’elle avait vécus et dont elle n’oubliait jamais rien, mais s’il lui arrivait d’utiliser le savoir ancestral accumulé dans son cerveau, elle ne pouvait se rappeler comment elle l’avait acquis. Et même si Brun et Creb étaient nés des mêmes parents, ils ne possédaient pas le savoir médicinal inné d’Iza, leur propre sœur.
Parmi tous les groupes qui composaient le Peuple du Clan, les souvenirs se répartissaient différemment, en fonction des sexes. Ainsi, les femmes n’avaient pas plus besoin de connaissances en matière de chasse que les hommes en matière de plantes. Si la différence entre le cerveau des hommes et celui des femmes était imposée par la nature, elle était consolidée par la culture. Chaque enfant naissait avec un savoir appartenant au genre opposé, mais le perdait faute d’y avoir recours dès qu’il atteignait l’âge adulte.
Mais si la nature tentait de prolonger la race en limitant la taille du cerveau des hommes et des femmes, cette tentative portait en elle les germes de son échec. Les deux sexes étaient non seulement indispensables à la procréation mais aussi à la vie quotidienne ; l’un ne pouvait survivre sans l’autre, et ils ne pouvaient échanger leurs aptitudes faute de posséder la mémoire correspondante.
Le cerveau des hommes, comme celui des femmes, était doué d’une acuité visuelle particulièrement aiguë, bien qu’utilisée de façon différente. Au fur et à mesure de leur progression, l’environnement géographique s’était considérablement modifié sous les yeux d’Iza, qui avait à son insu enregistré les moindres particularités du paysage et plus spécialement de la végétation. Elle était capable de distinguer de loin les imperceptibles détails du contour d’une feuille ou même la taille d’une plante, et si, par hasard, elle trouvait en chemin quelques végétaux, certaines fleurs, un buisson ou un arbre qu’elle n’avait encore jamais vus, ils lui étaient pourtant familiers. Elle parvenait à en faire resurgir le souvenir profondément enfoui dans les replis de sa mémoire. Mais en dépit de cette impressionnante réserve d’informations, elle avait vu récemment une végétation qui lui était totalement inconnue, tout comme l’était d’ailleurs la contrée qu’ils traversaient. Elle aurait aimé l’examiner de plus près, car tout spécimen végétal nouveau l’intéressait, outre le fait que l’acquisition de connaissances supplémentaires était indispensable à leur survie immédiate.












